L’après-séance du Festival : Critique de Gauguin, Voyage de Tahiti

L’après-séance du Festival : Critique de Gauguin, Voyage de Tahiti

Le nouveau biopic de Edouard Deluc plonge le spectateur dans l’inspirant périple que Paul Gauguin a entrepris à Tahiti dans les années 1890, l’occasion d’étudier ce que le film nous apprend sur la vie et les différentes inspirations de ce peintre postimpressionniste.

GAUGUIN, l’aventure d’un peintre inspiré ★★★★☆

Sortie en Grèce le 10 mai 2018

Après son film Mariage à Mendoza sorti en 2013, Edouard Deluc revient avec un biopic sur Paul Gauguin dans Gauguin – Voyage de Tahiti. Le film, librement adapté de Noa Noa, le carnet de voyage illustré du peintre, retrace les inspirations et difficultés qu’a pu connaître Paul Gauguin en Polynésie Française. Ce pays, qu’il a principalement choisi pour fuir sa vie en France – et par la même occasion, sa famille – s’avère être un lieu d’inspiration qui l’amène à développer son talent artistique.

Son mariage avec une jeune femme du nom de Tehura en est l’une des raisons puisqu’elle deviendra sa muse et l’origine de la plupart de ses inventions. Elle est en effet son modèle dans plusieurs de ses peintures et l’inspire tellement qu’il en vient à épuiser les stocks de tableaux vendus sur l’île. L’ambition du peintre post-impressionniste est de représenter le monde tel que son esprit l’imagine, en se dédouanant des contraintes artistiques. Ce qu’il veut, c’est ne plus peindre le monde exactement comme il est, mais comme il le perçoit en simplifiant les formes et les couleurs. Ces dernières sont souvent vives, expressives, dans les nuances de vert, jaune et rouge, souvent détourées par une méthode artistique appelée le cloisonnisme.

Mais ce que Paul Gauguin recherche par dessus tout, c’est son côté sauvage, primitif, qu’il essaiera de développer, tout d’abord lors de son séjour en Bretagne, lieu où il réalise que la peinture l’anime, puis à Tahiti où il décide de s’éloigner des villes pour se rapprocher de la nature. C’est ainsi qu’il représentera les femmes tahitiennes, les “vahinés”, souvent nues ou mi-nues, parfois habillées de leur habit local, mais également quelques paysages, autoportraits et statuettes.

Le film retranscrit bien les aspirations qu’a pu connaître le peintre en arrivant en Polynésie Française, tout en les mettant en relief avec la personnalité tumultueuse de Paul Gauguin et les expériences qu’il a eu en ce lieu. Tout d’abord, le désespoir du peintre dans sa vie parisienne est une bonne critique de ce qu’ont pu vivre les artistes qui proposaient un renouveau artistique. Ensuite, c’est l’amour pour Tehura qui prend le dessus dans ce scénario qui illustre l’inspiration, la liberté sexuelle, la jalousie, la maladie avant de revenir au stade de désespoir qu’a expérimenté Gauguin.

Quelques informations sont néanmoins mises sous silence, comme le fait que Paul Gauguin ait épousé Tehura lorsqu’elle n’avait que treize ans, suivant la coutume post-coloniale qui voulait, entre autres, que de jeunes tahitiennes de douze à treize ans se marient, et parfois même copulent en public, avec un occidental qui avait pour eux un symbole spirituel. Edouard Deluc a fait le choix – et c’est moins controversé – de ne pas évoquer ce fait, pour accentuer davantage la relation et les sentiments qu’ont eu les deux protagonistes – et ils se ressentent très bien – interprétés de façon très sobre et juste par Vincent Cassel et Tuheï Adams.

L’esthétisme du film est remarquable, la mise en scène rappelant à chaque scène, par la couleur et l’ambiance onirique, le style pictural de Paul Gauguin. Le film devient ainsi également visuel, ce qui est recherché pour un biopic. Cependant, le film connaît certaines longueurs qui auraient pu être diminuées mais qui sont tout de même acceptables dans la mesure où l’histoire paraît authentique et vraie.

Gauguin – Voyage à Tahiti est donc un film biographique qui retrace une période de la vie du peintre dans un esprit qui est le sien, et qui reste ainsi fidèle autant à son talent artistique qu’à ce qu’il a vécu artistiquement et émotionnellement. En plus de cela, il évoque également les contraintes des artistes, que ce soit à Paris où la concurrence et le jugement sont rudes, mais aussi à l’étranger où il est également difficile de vivre de ses créations. Le biopic montre ainsi l’envers du personnage par une mise en scène colorée et fidèle.

Johanna Bonenfant


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