Evzones, derrière les coutures

Evzones, derrière les coutures

Ils ont fière allure les Evzones, quand ils défilent vêtus de leur uniforme chamarré, la fustanelle bien repassée et les souliers cloutés frappant le sol ! Mais savez-vous qui fabrique ces costumes uniques ? Ce sont les dix tailleurs et couturières du service de couture du palais présidentiel, de véritables as de la broderie détenteurs d’un savoir-faire ancestral.

Sans doute autant photographiés que les monuments antiques, les Evzones (littéralement « qui portent bien la ceinture ») sont un des symboles d’Athènes pour les touristes. Membres de la Garde Présidentielle (Proedriki Froura), ils mesurent tous au minimum 1,86 m et passent au moins 100 heures par semaine debout, à monter la garde devant les bâtiments officiels, de jour comme de nuit, par tous les temps. Ni les températures caniculaires, ni les cocktails Molotof, ni les bombes lacrymogènes ne les font broncher. Ils restent de marbre, scrutés par des milliers de spectateurs chaque jour…

Les tâches de l’Evzone sont multiples. Il doit garder la Tombe du Soldat Inconnu, élever et abaisser le drapeau national sur l’Acropole tous les dimanches (à 9h et à 18h), accompagner le Président de la République Hellénique durant ses visites officielles à l’étranger, et quand il reçoit des personnalités étrangères en Grèce. Sans oublier le défilé annuel du 25 mars, sur la 5th Avenue de New York, qui célèbre la fête nationale grecque ainsi que, la veille de Pâques, l’escorte de la lumière sacrée lors de son voyage de Jérusalem à Athènes.

Connu dans le monde entier pour son élégance et son originalité (similaire aux tenues portées par les klephtes, héros de la Guerre d’Indépendance de 1821), l’uniforme des Evzones est composé de la fustanelle (sorte de jupe plissée en laine que Jean-Paul Gaultier a rendu célèbre) dont chacun des 400 plis représente les années passées sous le joug ottoman ; des fixe-chaussettes à pompons noirs en soie, les kaltsodetes ; un béret de feutre rouge, le phareon, au gland de soie noire ; de lourd sabots cloutés rouges avec des pompons noirs appelés tsarouchia (chaque paire pèse 3 kg) ; une chemise blanche en coton avec des manches évasées ; des bas de laine blanche appelés periskelides ; un gilet brodé (femeli) ; sous la fustanelle, une ceinture crétoise (krossia) à franges blanches et bleues qui tient les collants ; ainsi qu’un ceinturon à cartouchière en cuir.

Dans leur atelier situé derrière le Parlement, quelques artisans talentueux travaillent jour après jour, brodant minutieusement les détails complexes du femeli (il faut plus d’un mois pour en coudre un seul exemplaire), fabriquent manuellement les tsarouchia, martelant une soixantaine de clous sous leurs semelles pour les rendre antidérapants.

En hiver, la tenue de base est bleu marine et reproduit l’uniforme porté par le régiment jusqu’en 1910, tandis que la tenue d’été est beige.

L’uniforme royal rouge et bleu basé est sur le costume traditionnel crétois, l’uniforme macédonien (d’hiver) en laine bleue est la tenue traditionnelle de Grèce Centrale avec un gilet brodé d’or (cet uniforme en entier est porté le dimanche ou pour des cérémonies spéciales), l’uniforme en coton blanc est la tenue officielle réservée aux cérémonies spéciales (service d’été) et l’habit noir traditionnel vient de la région du Pont-Euxin.

Logés dans la caserne « George Tzavellas » de la rue d’Hérode Atticus, les Evzones mettent au moins une demi-heure pour revêtir entièrement leur uniforme et ils ne peuvent le faire tout seul.

Ayant traversé les siècles, le costume des Evzones est désormais synonyme de fierté pour les Grecs, de faste et de splendeur pour les visiteurs. Au-delà des symboles, nous dédions cet article à cette poignée d’hommes et de femmes, tailleurs et couturières, anonymes, qui ont conservé vivant ce riche patrimoine artisanal.


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